L’écrivain péruvien Santiago Roncagliolo est à Grenoble les 11 et 12 avril pour présenter son dernier livre…

Toute ma vie, des évènements politique horrible ont eu lieu autour. Ma famille a grandi dans les années 1970 en exil, puis dans les années 1980 dans un pays en guerre, puis dans les années 1990 dans une dictature, puis en tant qu’émigré en Espagne… J’ai toujours été très conscient, parce que ça m’a touché directement, de comment les faits sociaux changent ta vie, ce ne sont pas des choses qui apparaissent dans les journaux. Ensuite, j’ai essayé de faire que mes histoires soient intenses et que tu t’imagines en elles comme dans le monde réel. Je m’intéresse au moment de l’histoire dans lesquels les sociétés font sortir leurs monstres, s’ouvre alors la porte de l’enfer et tout ce qu’une société cachait sort enfin. Dans le cas de mon dernier roman, situé dans le virreinato au Perou, ce qui m’intéressait, c’était le concept de sorcière, perçu avec un sens très patriarcal.

Bon, elles le sont, il y a des affiches qui se répètent dans beaucoup de manifestations féministes « nous sommes les filles des sorcières que vous avez brulées ». Les niveaux de mobilisation des dernières années ont accéléré cette histoire, mais sont aussi en train de créer un mouvement réactionnaire. Je crois qu’un conservateur moral aujourd’hui est beaucoup plus conservateur qu’il y a dix ans. Nous avons créé le concept de monstres pour enfermer dedans tous ceux que nous ne comprenons pas et les punir à cause de leur différences. 

Les monstres sont ceux qui sont différents. Pour une bonne partie de l’Europe, aujourd’hui les monstres sont les étrangers, qui venons d’autres endroits. Souvent les monstres sont ceux issus d’une minorité sexuelle. Nous avons créé le concept de monstre pour enfermer là-bas tous ceux que nous ne comprenons pas et les détenir pour être différents. Mes protagonistes se sentent souvent hors des normes dans la société dans laquelle ils vivent, parce que moi-même je me suis senti comme ça. J’ai été un étranger une bonne partie de ma vie. J’ai toujours pensé que ce que j’écris est une protection pour les gens différents.  

Tant en Amérique latine qu’en Europe, les gens croient toujours moins en la démocratie et ils ne le dissimulent pas. C’est là aussi un échec de la démocratie ? Dans le cas de l’Amérique Latine, je crois que la pandémie rendit visible que beaucoup de pays étaient en train de croître économiquement parce qu’ils ne finançaient pas les hôpitaux ni les écoles. Et cela a créé une grande méfiance envers la démocratie. Mais il se passe la même chose en Europe, ou certaines voix préfèreraient revenir en arrière, à une Europe de pays séparés, à des idées morales plus conservatrices.