« Sariri » un film de la réalisatrice chilienne Laura Donoso en salle à partir du 19 mars

Dans un petit village minier, au cœur du désert dans le nord chilien, les femmes sont soumises aux diktats imposés par les hommes. Dina, seize ans, confrontée à une grossesse non désirée, prévoit de partir à la ville, fuyant le machisme. Sa jeune sœur Sariri vient d’avoir ses premières règles. Elle devra donc quitter le village pour un parcours solitaire dans le désert. Dina ne veut pas laisser sa sœur subir la violence de ces rapports masculin-féminin, mais comment ? De la complicité de Sariri avec son aînée, de son regard innocent, confiant et plein d’espoir naît une émotion intime.

En 2019, Laura Donoso réalise le court-métrage La Mamita, un projet remarqué qui lui permet de s’affirmer comme une voix montante du cinéma chilien. Mais c’est avec Sariri, son premier long, qu’elle marque une étape décisive dans sa carrière. Présenté en première mondiale au festival Cinélatino de Toulouse en 2024, il avait remporté le Grand Prix Cinéma en Construction lors de l’édition précédente. Son style se distingue par une attention particulière aux récits ancrés dans des réalités sociales et culturelles, souvent axés sur des problématiques de genre et de traditions ancestrales.

« Nous avons tourné, explique la réalisatrice, dans un village né de l’exploitation d’une mine. La rencontre avec la population du village s’est bien passée et nous avons pu parler de notre projet de film. La majorité de l’histoire est née de ce que nous avons vu sur place. J’ai été subjuguée par les différentes teintes de couleurs de terres et de roches. Cela m’a permis de commencer à construire la photographie que nous aurions du film. Le scénario est inspiré des histoires que l’on nous a raconté dans le village. Nous avons cherché à connaître l’histoire du village et les légendes qui s’y racontaient, cherchant à comprendre les changements qu’impliquait pour une fille l’arrivée de ses règles. Nous avons travaillé également avec des spécialistes et psychologues. Raconter cette histoire dans une communauté isolée permettait de refléter une atmosphère plus oppressive  Heureusement, on ne peut généraliser la situation du machisme dans la société chilienne même si une certaine tendance de cette idéologie est encore largement promue. Cependant, si l’on peut concentrer de manière vive la violence patriarcale dans un petit village, c’est que cela se déroule encore dans les villes, dans le désert comme en Patagonie. »

 « Il n’y avait pas non plus dans le désert , ajoute le chef opérateur, de l’accès à l’électricité pour éclairer les scènes. Le travail de la lumière a également été construit sur l’idée de la désorientation que l’on peut ressentir dans ce lieu avec l’excès de lumière. Cela contrastait avec l’intérieur très sombre des maisons très petites et fragiles. Nous avons donc accentué ces oppositions narratives par l’image. » La particularité de ce film c’est qu’il s’agit d’ un travail de fin d’étude  à l’Universidad del Desarrollo (UDD) qui est un espace de formation complet. C’ est le résultat d’un travail collaboratif dans lequel les étudiants jouent des rôles spécifiques au sein de l’équipe de production et de la réalisation. Il est remarquable de noter la précision de la direction d’acteurs et aussi comment le désert et ses couleurs ont été utilisé.

« Sariri a été une expérience très enrichissante autant sur le plan personnel que professionnel pour mon premier long-métrage. Représenter une réalité transversale nous a permis de valoriser l’importance du travail d’équipe. Nous avons travaillé avec des gens étrangers au secteur audiovisuel qui ont énormément contribué à représenter ce que nous voulions. Sariri est le fruit de cet effort collectif qui pourra, je l’espère, marquer le public autant qu’il m’a marquée ». Notons que le film est co-distribué par le Festival Latino de Toulouse.