« Télérama » publie les 25 meilleurs romans du 21e siècle : Le roman « 2666 » de l’écrivain chilien Roberto Bolaño arrive en premier

2666 est le dernier roman écrit par Roberto Bolaño. Il a été publié de manière posthume en 2004 et aussitôt salué par la critique internationale. De l’Europe en ruines jusqu’au désert du Sonora à la frontière du Mexique et du Texas, hanté par les meurtres non résolus de centaines de femmes, 2666 offres un parcours abyssal à travers une culture et une civilisation en déroute. L’entreprise de Bolaño est ambitieuse. 

Embrasant tous les genres, du vaudeville au récit de guerre, en passant par le policier, le fantastique et le comique, 2666étreint la littérature et incarne ce qu’elle a de plus essentiel : relever le défi de dire l’horreur, la mort, l’absence de sens, mais aussi l’amour.
« Qu’est-ce qui fait une écriture de qualité. Savoir s’immerger dans la noirceur, savoir sauter dans le vide et comprendre que la littérature constitue un appel fondamentalement dangereux. » (Roberto Bolaño, discours d’acceptation du Prix Romulo Gallegos, 1999). Traduit de l’espagnol (Chili) par Robert Amutio.

Roberto Bolaño est né à Santiago du Chili. Son père est chauffeur routier (et boxeur) et sa mère enseignante[1]. Il grandit, avec sa sœur, dans une région côtière, au sud du pays. Il se décrit comme un enfant maigrichon, myope, plongé dans les livres et peu prometteur. En 1968, il suit sa famille à Mexique. Un moment charnière de la vie de Roberto Bolaño, mentionné dans plusieurs de ses ouvrages, survient en 1973, lorsqu’il quitte Mexico pour le Chili, pour « aider à construire le socialisme » en appuyant le président socialiste Salvador Allende. Après le coup d’État du général Augusto Pinochet, Bolaño est arrêté, soupçonné de terrorisme, et passe huit jours en détention[3]. Il est sauvé par deux anciens camarades de classe, devenus gardiens de prison. Bolaño décrit cette expérience dans Détectives, tiré du recueil Appels Téléphoniques.

Après avoir passé un moment au Salvador en compagnie du poète Roque Dalton et des guérilleros, il revient à Mexico, mène une vie de poète bohème et d’enfant terrible de la littérature – « un provocateur professionnel redouté par toutes les maisons d’édition, même s’il n’a rien à voir avec elles, faisant irruption pendant les conférences littéraires et les séances de lecture », déclare Jorge Herralde, son éditeur espagnol. Son comportement erratique est dû tant à un idéal gauchiste qu’à un mode de vie chaotique. Bolaño arrive en Europe en 1977 et s’installe en Espagne. Il se marie et habite sur la côte méditerranéenne, près de Barcelone. Il continue d’écrire de la poésie et se met à la fiction au début de la quarantaine, se sentant responsable du futur bien-être matériel de sa famille, comme il le révèle au cours d’une interview, ses revenus de poète étant tout à fait insuffisants. Jorge Herralde confirme que Bolaño « abandonne un mode de vie de beatnik parcimonieux » car la naissance de son fils en 1990 l’incite à assumer ses responsabilités et à croire qu’il lui sera plus facile de gagner sa vie en écrivant de la fiction. Malgré tout, il continue de se considérer avant tout comme un poète, et un recueil de poésie, dont l’élaboration s’étale sur vingt années, est publié en 2000 sous le titre de Los perros románticos (Les Chiens romantiques).

Bolaño meurt le 14 juillet 2003, d’une insuffisance hépatique. Six semaines avant sa mort, les romanciers latino-américains le saluent comme le plus important romancier de sa génération, lors d’une conférence internationale tenue à Seville. À propos de son pays natal, qu’il n’a visité qu’une fois après son exil volontaire, Bolaño avait des sentiments mitigés. « Il n’avait pas sa place au Chili, et le rejet qu’il y avait essuyé lui permettait de dire tout ce qu’il voulait, ce qui est une bonne chose pour un écrivain », d’après le romancier et dramaturge chilien Ariel Dorfman.

Roberto Bolaño laisse derrière lui sa femme, espagnole, et leurs deux enfants, qu’il a appelés « sa seule patrie ». Dans sa dernière interview, publiée par l’édition mexicaine du magazine Playboy, Bolaño dit se considérer comme Latino-Américain et ajoute : « Mon seul pays, ce sont mes deux enfants et, peut-être, en second lieu, des moments, des rues, des visages ou des livres que je porte en moi. » Bien qu’il se soit toujours senti profondément poète, dans la ligne du Chilien Nicanor Parra, sa réputation s’est bâtie sur ses romans et sur ses nouvelles. Ses œuvres sont successivement saluées par la critique, notamment les romans Los detectives salvajes (Les Détectives sauvages) et Nocturno de Chile (Nocturne du Chili), et le posthume 2666. Ses deux séries de nouvelles, Llamadas telefónicas (Appels téléphoniques) et Putas asesinas (Des putains meurtrières), sont récompensées par des prix littéraires. En 2009, plusieurs romans inédits sont découverts dans les archives de l’auteur.